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La châsse de saint Etienne, V. 1170-1175, oeuvre de Limoges, atelier " de la Cité " (Cl. M.H. 25.06.1891. - L. : 0,285 ; H. :
0,250 ; 1. : 0,113). Provenant du trésor de la primitive église de Braguse, elle est d'une taille au-dessus de l'ordinaire: c'est l'une des plus belles du genre parmi les reliquaires romans encore conservés dans notre patrimoine
artistique et spirituel. A l'encontre de bien d'autres châsses que les communautés acquéraient dans le commerce sans dessein préalable propre, celle de Gimel fut créée à l'intention du lieu où saint Dumine avait rapporté de Terre
Sainte les précieuses reliques du protomartyr, dont la mémoire était particulièrement vénérée à Limoges (le siège épiscopal était au titre de saint Etienne, de même que celui de sa métropole, Bourges Cf.
Corpus des Emaux Méridionaux, par M.-M. Gauthier). De plus, " elle demeure le plus ancien reliquaire limousin conservé, illustrant un récit hagiographique... Sa décoration explicite le contenu invisible des
reliques et en renforce par là-même leur authenticité ".
La fascination qu'exerce, par son aura, la châsse de Gimel, est due á " une palette d'une exceptionnelle
richesse ", la pose des émaux restant d'une " virtuosité jamais égalée ". " Pour la première fois sur une
châsse reliquaire, et par exception sur ses deux flancs, apparaissent des petites têtes en relief, désormais caractéristiques de l'œuvre de Limoges " (M.-M.G.).
Elle est en forme classique de maison, sur quatre pieds carrés gravés de croisillons-damiers, signe d'implantation terrestre, avec toit à deux eaux surmonté d'une crête faîtière en entrées de serrures,
symbole de " clefs de pénétration " en la cité de la Jérusalem céleste ; ne subsiste qu'une seule des trois sphérules, emblème trinitaire de plénitude et d'éternité. Son âme de bois de chêne est recouverte de
platines de cuivre de 3 mm d'épaisseur, élégies au champlevé et fixées par de petits rivets saillants dans la bordure semée d'étoiles. Ensuite dorée et émaillée, réservant en reliefs les têtes des personnages, la
châsse présente sur la face principale de sa caisse, sur fond vermiculé de palmettes, la vie terrestre du protomartyr Etienne.
A gauche, le diacre disciple du Christ, déjá nimbé, proclame "je vois les cieux ouverts... " et Notre Seigneur qu'il désigne lui apparaît à mi-corps dans la nuée, tête baignant dans le nimbe crucifère,
bénissant et présentant le livre de la Loi. Etienne tend de la dextre un phylactère sur lequel se lisent des lettres en désordre " IOXHSA " qu'il faut sans doute rétablir en " IHSOVS X(PISTOS): Jésus Christ ".
Les Juifs se bouchent les oreilles, pour ne pas reconnaître la vérité de la parole. L'un d'eux ricane, un autre s'enfuit. L'incarcération qui entraînera la prédication d'Etienne est le sujet de la partie de droite: un personnage
sort par la porte d'une tour dont on remarque la serrure et les pentures, les pierres sont indiquées comme en relief biseauté : il ordonne l'arrestation du saint que deux hommes entraînent, sous la direction
de Saül, entre ciel et terre, indiqués conventionnellement par une même onde, mais en opposition de couleurs d'émaux juxtaposés.
Dans la toiture se commet la lapidation. Satil, le futur saint Paul, préside à l'immolation, assis sur un mur, gardant sur ses genoux les vêtements des témoins qu'ils déposérent pour être plus à l'aise. Les pierres
volent au-dessus d'un sol montueux. Six pe-sonnages s'acharnent, l'un d'eux porte une prov-sion de cailloux. Saint Etienne à genoux, de profil, mains jointes, dans un grand cri: " Seigneur, ne leur impute
pas ce pêché", offre son âme à Dieu que signale un chrisme dans une double nuée. A noter la précision des vêtements d'époque...
La face postérieure "transporte dans la demeure céleste le dénouement du drame sacré " en présentant sur la caisse quatre statuettes d'apôtres dont saint Pierre à la clef, saint Paul aprés sa conversion, tenant
la croix sur longue hampe (extrême droite) et deux autres des Douze (dont saint André á droite de Pierre, portant au creux de la paume gauche le trou de sa crucifixion?), sous arcades en plein cintre. Sur
le toit, trois médaillons circulaires avec des anges issant de grands fleurons de couleurs vives sur fond bleu. Les pignons abritent sous des arcs à coupoles et tourelles, d'un côté saint Paul à nouveau
présentant la Thora à double enroulement, de l'autre un ange tenant un volumen et gardant "la porte véritable du reliquaire ". " La vigoureuse personnalité de l'orfèvre émailleur se caractérise par un style
assez individualisé pour que, par provision, on le dénomme "le Maître de saint Etienne " (M.-M. Gauthier). |